UNE VACHE PAS COMME LES AUTRES

Voici un texte que j'ai écrit et qui a été publié dans le recueil Rêves d'enfants de l'association Le Don Des Mots. Pour en savoir plus sur l'association : www.ledondesmots.fr.

.... Le soleil se levait lentement sur un beau cliché de la Normandie. Quelques vaches sous des pommiers en fleurs, une herbe parsemée de boutons d’or. Comme tous les matins, à peine le soleil fut-il levé, que déjà le petit Vincent franchissait la clôture barbelée du pré. En l’entendant, toutes les vaches levèrent la tête, puis se remirent à brouter en l’ayant reconnu. Une seule le fixait encore de ses grands yeux et pointait ses oreilles vers lui. C’était Princesse, sa vache.

Vincent se déplaçait lentement jusqu’à elle. La rosée, qui recouvrait les hautes herbes, se déposait sur ses pieds nus et amplifiait la sensation de fraîcheur du matin. Lorsqu’il arriva à côté de Princesse, il posa son seau en métal cabossé. Il tendit sa main vers le mufle humide de sa vache et lui gratouilla le bout du nez. L’air chaud que Princesse expirait formait un nuage de vapeur dans la lumière matinale.

Vincent remonta sa main vers le haut de la tête de Princesse et passa ses doigts dans le poil touffu. Il se déplaça sur le côté, tandis que sa main continuait sur l’encolure de la vache du côté opposé à lui. Elle remonta sur le garrot, où elle s’arrêta pour le gratter un peu. Puis, elle parcouru l’échine pour arriver à la base de la queue. C’est à cet endroit que Princesse appréciait le plus le grattage. De longues minutes, les doigts de Vincent s’y agitèrent. Lorsqu’il s’arrêta pour aller ramasser son seau, Princesse fouailla de la queue et celle-ci vint cogner dans le dos du jeune vacher. Il ne pouvait que continuer à gratter. Au bout d’un moment, Princesse émit un meuglement sourd. Elle aurait pu parler français comme une vache espagnole, Vincent n’aurait pas mieux compris qu’elle exprimait ainsi son contentement. Elle se remit à brouter et il compris que les gratouilles l’avaient satisfaite. Il alla chercher son seau et le posa au sol sous la mamelle de la vache.

Ses doigts étaient glacés par la fraîcheur du matin, et un peu engourdis par le grattage qu’il avait fait. De plus, le grattage, les avait noircis et Vincent les frotta dans l’herbe humide afin de les nettoyer. Puis, il les passa entre le pis et la cuisse de Princesse, car cet endroit est particulièrement chaud. Une fois ses doigts réchauffés, Vincent les posa sur les trayons de Princesse et se mit à la traire. La mamelle était bien gonflée par le lait produit pendant la nuit et celui-ci s’écoulait dans le seau avec un bruit caractéristique. Après quelques jets, Vincent porta le seau à ses lèvres et bu le peu de lait qu’il avait trait. Il était onctueusement bon et chaud. Il n’y avait pas de meilleur lait pour lui que celui tout juste sorti du pis de la vache. Il reposa le seau à terre et continua de traire Princesse jusqu’à ce que sa mamelle soit vidée. Soulagée, la belle vache aux yeux doux tourna sa tête vers lui, elle semblait sourire. Un regard profond le guettait tandis qu’il alla mettre le seau à l’abri.

▲ Princesse

Alors qu’il revint près d’elle, Princesse s’était mise à brouter. Il s’assit à quelques pas d’elle et admira cette masse imposante qui le fascinait tant. Soudain, Princesse releva la tête et tendit le cou. Elle toussa deux fois, puis comme à l’habitude des vaches, elle mis la langue plusieurs fois dans chaque narine, afin de se nettoyer le nez. Puis elle se remit à brouter paisiblement.

Totalement absorbé dans la contemplation de sa vache, le petit Vincent ne remarqua pas que le ciel se couvrait peu à peu et devenait obscur comme herbe sous vache qui bouse. Mais les quelques gouttes qui se mirent à tomber le sortirent de son état de transe admirative. Il leva les yeux au ciel gris, puis observa les vaches commencer à se mettre à l’abri. Il se leva et se déplaça vers un grand pommier. Quoiqu’il aimait la pluie et le contact des gouttes sur la peau, il voulait se protéger de l’averse qui s’intensifiait, pour ne pas se retrouver trempé jusqu’aux os. Arrivé sous l’arbre aux fleurs blanches, il se retourna. Princesse était un peu plus loin, mais elle l’avait suivi lentement. Il pleuvait maintenant comme une vache qui pisse. L’ayant rejoint, Princesse se coucha en vache. Vincent s’assit au niveau de ses épaules et se blottit contre l’encolure chaleureuse et au poil soyeux. Tandis qu’elle ruminait, lui ferma les yeux et s’assoupit ....


.... Une main se posa sur la sienne. Il se réveilla et ouvrit les yeux. Deux petits yeux bleus le fixaient. Une petite voix lui dit : « Mémé m’a dit que tu avais une vache à mon âge. Dis Pépé, tu me racontes ? » ....

Vincent Levacher