LA VOSGIENNE

RobePie noire mouchetée
VocationLaitière rustique
Poids vache600 à 650 kg
Taille vache1,30 à 1,35 m
Poids taureau900 à 1000 kg
Taille taureau1,35 à 1,40 m
BerceauVosges

AUTRES NOMS

La Vosgienne est parfois appelée Race des Vosges. Son nom international est Vosges.

ORIGINE

Elle est issue de croisements effectués au XVIIème siècle entre des vaches autochtones des Vosges et des vaches suédoises amenées en France par des soldats suédois lors de la Guerre de Trente Ans. Puis, au XXème siècle, il y a eu un apport de sang norvégien à travers des croisements avec la race Telemark.

HERD-BOOK

Le Livre Généalogique de la Vosgienne a été ouvert en 1928.

LA ROBE

La Vosgienne présente une robe très originale. La robe type a pour base la robe pie noire. En fait, elle a deux grosses taches sur les flancs. Les contours et les alentours de ces taches sont mouchetés. Aucune trace noire ne traverse la ligne du dos. Le ventre est blanc. Les trayons, le museau, les onglons, le bout des cornes et le contour des yeux doivent être noirs.

Elle a une trace noire au dessus de chaque oeil, ce qui fait penser à des sourcils. La tête ne devant être ni trop foncée ni trop claire, les couleurs noire et blanche y sont réparties de manière égale. Ces motifs sont la robe typique de la Vosgienne. Cependant, on trouve aujourd'hui des Vosgiennes très foncées, et d'autres peuvent être très blanches. Enfin, certaines présentent une couleur pie rouge, avec les mêmes motifs.

Vosgienne foncée.

Vosgienne presque blanche.

Vosgienne pie rouge (ici Veinarde).

CONFORMATION

Le corps est plutôt trapu, avec une musculature développée. Ses qualités de montagnardes lui sont conférées par des membres solides et courts, ainsi que des onglons durs. Sa tête est courte et le profil droit. Le museau est large.

LES CORNES

A leur base, les cornes poussent vers les côtés. Puis, elles remontent obliquement vers le haut. Elles sont de taille moyenne. Leurs extrémités sont de couleur noire.

SAUVEE DE L'EXTINCTION

La guerre de 1870 ainsi que les deux Guerres Mondiales ont décimé les troupeaux de Vosgiennes. Il y a aussi eu la concurrence d'autres races laitières avec la montée en puissance de la Prim'holstein, de la Montbéliarde et de la Simmental, par exemple. Elle a donc été rayée de la liste des races officielles en 1947. Voyant ses effectifs diminuer dangereusement, un plan de relance a été mis en place en 1977, et des éleveurs passionnés se sont battus pour qu'aujourd'hui encore de belles Vosgiennes broutent dans les pâturages des Vosges et ravissent ainsi l'oeil des randonneurs !

POPULATION

En tout, le cheptel de Vosgiennes compte aujourd'hui environ 10 000 vaches.

FROMAGE

C'est à la Vosgienne que l'on doit le Munster (AOC).

INTERVIEW DE L'ELEVEUR

► Lionel, éleveur de Vosgiennes dans les Vosges.

Lionel et Veinarde.

Princesse-lavache.com : Comment pourriez-vous présenter cette race de vache ?
Lionel : Cette race aurait aujourd’hui disparu, si en 1977, quelques éleveurs passionnés n’avaient pas mis en place un plan de relance de la race. Grâce à cette sauvegarde de la Vosgienne, l’effectif atteint aujourd’hui 10 000 vaches. C’est une vache qui produit environ 3800 litres de lait par an. C’est une vache mixte, mais la plupart des éleveurs l’utilisent en vache laitière. Très rares sont ceux, qui ont un troupeau de Vosgiennes allaitantes.

Princesse : Quelques mots sur votre troupeau ?
Lionel : Je possède 35 laitières, dont les deux tiers sont des Vosgiennes (les autres étant des Abondances et deux Montbéliardes). Toutes mes vaches sont inscrites au Herd-book et au Contrôle Laitier.

Princesse : Quel sont les atouts et les avantages de la Vosgienne ?
Lionel : C’est un animal qui est très adapté au climat et au relief Vosgien. En plus, le sol des Vosges est rendu acide par une présence importante de pins. Or, la Vosgienne parvient très bien à valoriser cette herbe acide, qualité rare chez les vaches. Elle possède de très bons aplombs, ce qui en fait une très bonne marcheuse en montagne. Les vêlages se font facilement. La Vosgienne présente une grande longévité, j’ai plusieurs vaches de 11-13 ans qui produisent encore bien. A la réforme, sa viande est de meilleure qualité que celle des autres races laitières. Le lait d’une Vosgienne nourrie à l’herbe est de meilleure qualité que celui d’une Prim’holstein nourrie à l’ensilage de maïs. Ainsi, le lait de la Vosgienne aura un taux protéique de 30-34‰ et un taux de matière grasse de 38‰. Alors que le lait de la Prim’holstein aura un taux protéique identique mais un taux de matière grasse plus important (environ 45‰). La Vosgienne possède donc l’avantage, qu’à partir d’une nourriture qui ne coûte rien (l’herbe), elle produit un lait riche en protéines et peu gras, qui convient donc mieux aux laiteries. Enfin, elle est très rustique et engendre très peu de frais vétérinaires, ceux-ci se limitant essentiellement aux vaccins et prises de sang (pour les concours).

Princesse : Quels sont ses inconvénients ou ses défauts ?
Lionel : Elle ne produit pas beaucoup de lait. Comme il n’y a que 1000 Vosgiennes inscrites au Contrôle Laitier, et que l’on ne teste que deux ou trois taureaux par an (contre 150 chez les Prim’holsteins), l’évolution est faible. C’est donc une race difficile à faire progresser.

Princesse : Quel est son caractère ?
Lionel : Vis-à-vis des autres races de vaches, elles sont très dominantes (malgré leur petite taille !). Elles auront tendance à s’imposer, à prendre leur place et à ne pas se laisser marcher sur les pieds ! C’est pourquoi, lorsqu’elles sont en troupeau mixte comme chez moi, on les écorne pour qu’elles soient plus dociles envers leurs congénères. Il m’est même déjà arrivé, lorsque j’ai emmené une Vosgienne au Salon de l’Agriculture de Paris, de devoir la retenir pour ne pas qu’elle aille mettre un coup de tête dans une Prim’holstein pourtant beaucoup plus grande qu’elle ! Elles ont un vrai caractère de vosgien ! Elles ont donc un gros caractère avec les autres vaches, mais envers l’Homme, elles sont très dociles et très proches. Elles me connaissent bien, et, lorsqu’elles sont au pré, il me suffit de les appeler pour qu’elles viennent me voir. Si elles sont si dociles, c’est peut-être aussi parce que je n’utilise ni la force ni la fermeté, mais plutôt la méthode douce. J’ajoute qu’elles sont également très curieuses.

Princesse : Pourquoi les Vosgiennes n’ont-elles pas des mamelles aussi grosses que chez les autres races laitières, particulièrement comme chez les Prim’holsteins ?
Lionel : A la base, la Vosgienne est une grande marcheuse. Elle est susceptible de marcher parmi les ronces, les genêts… Il ne faut donc pas qu’elle ait une grosse mamelle, qui pourrait être blessée ou griffée. L’essentiel, c’est que celle-ci soit bien accrochée.

Princesse : L’hiver, les Vosgiennes rentrent-elles à l’étable ou restent-elles dans la montagne ?
Lionel : La Vosgienne étant une vache montagnarde et rustique, je laisse mes vaches le plus possible dehors. Tant qu’il fait bon et qu’il ne pleut pas, même s’il n’y a plus grand-chose à manger, je les laisse dehors afin de les faire marcher. Mais dès que l’herbe n’est plus valorisante et que le temps est mauvais, elles rentrent à l’étable, en général, c’est vers le 10-15 novembre. Mais quand le temps est au meilleur de l’année, je les monte vers des pâturages situés plus en altitude. J’en ai profité pour faire revivre une tradition qui s’était perdue : la transhumance. Au début du mois de mai, j’organise une journée pour effectuer ce déplacement des vaches vers leurs pâtures d’été. Les gens apprécient et viennent nombreux pour participer à cette fête. L’année dernière, nous étions plus de soixante dix personnes.

Princesse : Pourquoi avez-vous choisi cette race ?
Lionel : Par passion, j’ai suivi les traces de mon père, qui a été président de la race Vosgienne du département pendant quelques années. A la base, l’idée est issue d’une jeune fille qui a suivi un stage chez mon père. Elle venait d’Alsace, d’une ferme où se trouvaient des Vosgiennes. C’est donc par son intermédiaire que nous sommes tombés amoureux de cette race. Nous avons par la suite choisi d’en élever car elle s’adapte très bien ici et à l’époque elle produisait autant de lait que la Montbéliarde.

Princesse : Y a-t’il une anecdote d’une Vosgienne qui vous a particulièrement marqué ?
Lionel : Il existe certaines Vosgiennes qui sont pie rouges. En fait, 2 à 3% des Vosgiennes possèdent le gène récessif qui code pour la couleur rouge. J’ai eu un jour une vache qui a mis veau une petite de cette couleur. Comme notre troupeau est laitier, nous séparons les veaux de leur mère et nous leur donnons à boire au seau. Mais cette petite rouge ne voulait boire ni au seau ni au biberon. Comme les Vosgiennes rouges sont rares, elles font la fierté de l’éleveur, lorsqu’il y en a une dans le troupeau. Je voulais donc la garder et j’ai continué à essayer de la faire boire au seau, ce qui n’a vraiment pas été facile. Elle a eu de la chance d’être rouge, sinon je ne l’aurais pas gardée. C’est pourquoi je l’ai appelée Veinarde (voir la photo plus haut). Maintenant, elle grande et pour la reproduction, j'utilise un taureau qui possède le gène rouge afin d'essayer d'avoir d'autres petits veaux rouges. Elle est très docile et n’est pas prête de s’en aller de chez moi !

Où voir des Vosgiennes ?

L'essentiel du cheptel des Vosgiennes se trouve dans les départements des Vosges, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Mais elle est parfois visible dans d'autres régions de la France, ainsi qu'à l'étranger. On peut en voir chaque année au Salon de l'Agriculture à Paris et tous les trois ans, un concours de cette race y est organisé.